|
Retour
[ Ci-dessous un
texte de Joao Pedro Stédile rappelant les évènements
suivi de deux lettres type à envoyer par mail avant le 19 novembre
(l'une en français et l'autre en portugais) proposées par
Info Terra.
Vous pouvez également consulter sur notre site les articles déjà
publiés : Eldorado
du Carajás
: Histoire d'un massacre
annoncé,
Massacre
d'Eldorado dos Carajás : la justice condamne l'Etat du Pará
à indemniser 20 Sans Terre ]
Début 1996, des centaines de familles étaient entassées
dans des baraquements improvisés le long de la route, tout près
des villes de Curionopolis et Paraupebas, dans l'est du Pará. C'était
le bout de la route de la Vallée du Rio Doce, qui déversait
des milliers de paysans pauvres venus de tout le Nordeste, rêvant
à la terre promise. Une terre fertile et abondante, là,
sous leurs yeux. Mais encerclée par le latifundio. De l'autre
côté de la barrière, un latifundio de 50 mille
hectares. Lassées d'attendre, elles décidèrent qu'une
partie d'entre elles, environ mille personnes, entamerait une marche en
direction de Maraba. Il s'agissait de plus de 300 km de marche. Et ils
partirent. Apeuré par la masse de gens, de pauvres, le gouverneur
Almir Gabriel promit qu'il les aiderait, qu'il enverrait des rations alimentaires,
et qu'il enverrait quelques autocars pour les amener jusqu'à Belem,
à plus de mille kilomètres, où ils négocieraient
une solution.
Les marcheurs étaient
arrêtés dans le virage du " S ", tout près
de la ville d'Eldorado do Carajas. Quand, le 17 avril 1996, arriva la
" solution " du gouvernement. Tout juste après midi,
quelques autobus arrivèrent, les marcheurs pensèrent que
c'était pour aller à Belem. Les autocars étaient
remplis de soldats de la Police Militaire. Un bataillon vint de Paraupebas,
et ne les laissa pas partir. Un autre bataillon vint de Maraba. Et les
mille marcheurs se retrouvèrent encerclés. Par un des côtés
les policiers utilisèrent un camion à bétail des
grands propriétaires pour empêcher que les gens leur "
échappent ". Avant de quitter leurs casernes, ils avaient
pris soin d'enlever de leurs uniformes les plaques où figuraient
leurs noms. Les fusils et mitrailleuses pris au dépôt ne
furent pas enregistrés. Ni les munitions. Ils passèrent
par l'Hôpital de Maraba, et demandèrent aux médecins
de se tenir prêts.
Le résultat,
vous l'avez vu à la télévision. Un massacre. Les
soldats tiraient comme des bêtes sauvages incontrôlables sur
la foule d'hommes, de femmes, d'enfants. De pauvres. Tous au bout de la
ligne de l'espoir et de la migration. C'était pour donner une bonne
leçon à ces vagabonds de sans-terre, criaient le commandant
délirant !
Résultat
à la fin de l'après midi : 19 morts, des centaines de blessés.
Un désespoir complet.
On parle de davantage de morts encore, car les camions de la police partaient
à toute allure, chargés de corps. Comme il s'agit d'une
région de frontière agricole et de migrants, sans familles,
sans papiers, pour beaucoup, très loin de chez eux, personne ne
saura jamais combien il y aura eu de morts au juste.
La société a pleuré. Le gouvernement a eu honte.
Il a créé alors le Ministère de Développement
Agraire, et a exproprié les trois fazendas revendiquées,
qui sont aujourd'hui des assentamentos. Mais au prix de nombreuses
vies.
Et les responsables du massacre ? Bon, là, c'est une autre histoire.
Le procès judiciaire a été monté de façon
à ne pas pouvoir identifier les tireurs. Les commanditaires, oui,
on les connaît. Les responsables aussi. Mais aucun n'a été
inquiété dans le procès. N'ont été
accusés que deux officiers, et 158 soldats.
Six ans après, en mai 2002, arriva le Jury Populaire, pour juger
les soldats et les officiers. Les soldats ont tous été innocentés.
Personne n'avait tiré ! Il n'y avait pas de preuves matérielles.
Et les officiers qui commandèrent les troupes : condamnés
à plus de 200 ans de prison. Face à cela, il y eut deux
recours : le Ministère Public et les avocats des sans-terre ont
fait appel pour tous les condamner. Et les avocats des officiers ont fait
appel pour les innocenter, alléguant qu'ils n'avaient pas donné
d'ordres pour tuer.
Conclusion : à ce jour, aucun responsable, aucun de ceux qui ont
participé au massacre de Carajas n'a passé ne serait-ce
qu'une heure en prison. Mais parmi les survivants sans-terre, deux autres
sont morts, des séquelles des balles, et 65 autres ne pourront
jamais plus travailler dans l'agriculture. Blessés.
Ces recours vont passer en jugement maintenant, au Tribunal de Justice
du Pará, non plus par un Jury Populaire, mais par des professionnels
en toges. Vendredi 19 novembre.
Si vous pensez que le Brésil regorge d'impunité. Si vous
pensez que la société brésilienne exige la punition
des responsables de cet abject massacre, écrivez à la Présidente
du Tribunal de Justice, conseillère à la Cour suprême,
Maria Brabo de Souza, rua Tomazia Perdigão, 310 cep 66015-260 Belem-
Para. Courrier électronique des.maria.brabo@tj.pa.gov.br
Et dites-lui ce que vous pensez.
Le peuple et les sans-terre veulent tout simplement que justice soit faite
!
Par
João Pedro Stédile, dirigeant du MST et de Via Campesina
Brésil
Infoterra propose à
ses lecteurs de faire un copier/coller du
texte ci-dessous, et de l'envoyer par courrier électronique aux
adresses suivantes :
Président du
Tribunal de Justice du Pará
Desembargadora Maria de Nazareth Brabo de Sousa
Rua: Tomazia Perdigão, 310 - CEP: 66015-260 - Belém - Pará
Fax: 91 212 - 2922 / Courrier électronique : mario.solano@tj.pa.gov.br
Envoyer S. V. P. une
copie des courriers à :
Secteur des Droits Humains du MST
Alameda Barão de Limeira, 1232
Campos Elíseos, SP/SP
CEP: 01202-002
fax: (11) 3361-3866
Courrier électronique
: eldoradodecarajas@mst.org.br
et à Infoterra : vdm@fdh.org
Texte de la lettre en français
Objet : Eldorado dos
Carajàs
Madame la Présidente du Tribunal de Justice,
Les recours en appel au procès d'Eldorado dos Carajàs concernant
- d'une part l'acquittement de 128 policiers militaires, présenté
par
le Ministère Public,
- d'autre part, la condamnation du Colonel Pantoja et du Capitaine
Lameira, présenté par les avocats de ces derniers,
doivent être jugés le 19 novembre 2004 par la 2° Chambre
Criminelle du
Tribunal de Justice de l'état du Parà.
Au nom de la défense des droits de l'homme et afin que cesse
l'impunité que l'on observe dans l'état du Parà dans
les affaires
criminelles concernant les conflits de la terre, en particulier
contre les paysans sans terre, il me semble indispensable que soit
maintenu le jugement qui a condamné les deux officiers et que les
128
policiers militaires qui ont participé à l'opération
d'Eldorado dos
Carajàs le 17 avril 1996 soient jugés.
Veuillez agréer, Madame la Présidente, l'expression de ma
haute
considération.
date et signature
Lettre en portugais
(Révision de la traduction Mirian Giannella)
Objeto: Eldorado dos Carajás,
À Senhora Presidente do Tribunal de Justiça,
Os recursos em chamada
ao processo de Eldorado dos
Carajás relativos
- de uma parte ao pagamento de 128 policiais militares, apresentado
pelo Ministério Público,
- de outra parte, a condenação do Coronel Pantoja e do Capitão
Lameira, apresentado pelos advogados destes,
devem ser julgados em 19 de Novembro de 2004 pelo 2ª Câmara
Criminal do Tribunal de Justiça do Estado do Pará.
Em nome da defesa dos direitos do homem e assim que cessa a impunidade
que se observa no Estado do Pará nos negócios criminosos
relativos aos conflitos de terra, em particular contra os trabalhadores
sem terra, parece-me indispensável que seja mantido o julgamento
que
condenou os dois oficiais e que os 128 policiais militares que
participaram da operação de Eldorado dos Carajás
em 17 Abril de
1996 sejam julgados.
Queira aceitar, Senhora Presidente, a expressão da minha elevada
consideração.
data e assinatura
|
|